Le portrait de glace

Dans la douce lumière de ce matin d’hiver,
La nuit a déposé son œuvre de dentellière,
Brodée de fleurs de givre et tissée de soie blanche
Comme un point de feston brodé sur chaque branche.

Sur le jardin blanchi, règne un silence ouaté,
Une histoire sans paroles, dévorée de secrets,
Tous ceux qu’ont emportés les oiseaux de passage,
A mille lieux d’ici vers d’autres paysages.

Mais ils ont oublié ceux qui se sont noyés,
Là au fond de l’étang où ils se sont baignés
Et lorsque je me penche au bord du petit pont,
S’inscrivent dans l’onde, les mots de ta chanson.

Et je vois se figer au fil de l’eau glacée,
Le contour d’un visage un peu comme un portrait
Qu’aurait peint le temps à ses heures perdues
Et dont le regard bleu ne m’est pas inconnu.

Quelques flocons s’envolent dans la soirée frileuse
Dans la tiède enveloppe d’une écharpe soyeuse,
Une jeune fille brune s’enfuit serrant contre elle
Une photo jaunie aux contours de dentelle.

Et moi je me rappelle…
Venez Mademoiselle jusque au coin de mon feu.

 

Mémoires d’un coeur funambule (Extrait)

Annie K. Barbier

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